Pourquoi en parler ? Heurs et malheurs de la (dé)concertation urbaine…

Pourquoi en parler ? Heurs et malheurs de la (dé)concertation urbaine…

According to Kuriositas, Sony Pictures executives showed up in Júzcar in spring of 2011 looking to paint one of the famed “white towns of Andalucia” blue for their half-billion-dollar-grossing Smurfs film. Sony promised to restore the town to its original white after six months and offered financial compensation as well. After a town meeting, a unanimous vote precipitated the arrival of 1,100 gallons of bright blue paint, and shortly after, Júzcar became a real life Smurftown.

[…] The real story, however, is that when Sony returned to the village ready to call in another thousand gallons of white paint, villagers voted overwhelmingly in favor of keeping the town blue, with some of the more fanatic town members dressing up in their favorite Smurf outfits. So now, Júzcar will remain blue, the color of urban intervention of a different sort, but a fully embraced intervention nonetheless.

Pourquoi en parler ? L’une des convictions qui a mené à la création de factorii est la suivante : le marketing est aujourd’hui un acteur urbain à part entière, et la publicité “fabrique” la ville parfois autant que d’autres domaines plus traditionnels (cf. Marketing is urbanism)

Le peinturlurage de Júzcar en est sûrement le meilleur témoin - ou le plus caricatural, c’est selon. L’idée de repeindre la ville aux couleurs des Schtroumpfs n’est certes pas révolution en soi (Dulux Valentine l’avait déjà fait en 2010), mais son impact sur l’identité de la ville est un cas unique, justement parce que Júzcar se définissait jusque là comme l’un des fameux “villages blancs d’Andalousie”.

Dans ce contexte, choisir de se rédéfinir durablement comme “village bleu estampillé Schtroumpf” ne manque pas de culot - ou de stupidité, c’est selon. Cela prouve surtout la puissance croissante du marketing dans le (re)modelage parfois absurde des morphologies et identités urbaines.

Au passage, le village “nouveau” a accueilli près de 80 000 visiteurs en six mois (de juin à décembre), alors qu’ils n’étaient que quelques centaines les années précédentes. Sans commentaires.

The local government in the suburban Beijing town of Miyun has voted down proposed plans to transform the town into an “English-language” tourist destination with European-style architecture and a rule against speaking Chinese, according to a government spokesman.

Source : China Digital Times

Pourquoi en parler ? Alors que les sinologues s’écharpent sur la compréhension de la culture chinoise, certaines décisions – amusantes – viennent saborder les arguments de ceux qui voient la Chine comme un « Grand Autre ». Ainsi, apprend-on dans cet article, la municipalité d’une banlieue de Beijing a proposé de transformer une partie de son espace habitable en réplique de ville anglaise (avec château), et d’y rendre obligatoire l’usage de la langue de Keats. La proposition a provoqué de vifs débats, avant d’être refusée par le gouvernement local. Ce n’est pas le refus qui nous intéresse (bien qu’il soit porteur de certains enseignements), mais l’intention initiale.

En effet cette décision n’est pas incongrue ; elle vient s’ajouter à la liste toujours plus conséquente des espaces périurbains « répliqués » (citons notamment Shanghai et son programme « one city, nine towns »)

Ce projet est l’illustration, poussée à l’extrême, de la culture chinoise de l’appropriation et de ses effets sur les espaces de vie. Voir dans la culture chinoise une pure altérité est une erreur profonde, tant l’histoire de la Chine est marquée par un jeu d’influences successives, intégrées puis digérées. Soumises aux forces du marché global depuis 30 ans, les villes chinoises se mettent à rêver de la supposée douceur de vivre des villes européennes, comme les classes moyennes rêvent des enseignes de luxe.

Cette capacité à imiter est devenue une caricature si grossière qu’elle se transformera certainement un argument de vente : gageons qu’une telle initiative n’est pas dénuée de fondements commerciaux. Elle attirerait à la fois les touristes chinois bercés dans le culte de la vie occidentale et les touristes étrangers intrigués par une telle soif d’imitation. Le marché des fausses villes prospérera-t-il comme celui des faux sacs Vuitton ?   

(Source : chinadigitaltimes.net)

"It was literally just imagining Washington, and all of a sudden, you wake up tomorrow, and the transit system isn’t there," Antos says. "What would you do?" […]

[WMATA] admits that all of this sounds a little ridiculous. But that’s sort of the point. […] The point, though, is that transit produces an awful lot of benefits – parking garages deferred, congestion mitigated, jobs created – we don’t think about enough.

Source : The Atlantic Cities - Imagining a City Without Its Public Transportation

Pourquoi en parler ? Superbe démonstration par l’absurde des bénéfices indirects produits par un réseau de transports en commun, réalisée par le Washington Metropolitan Area Transit Authority. Au-delà des impacts traditionnellement évoqués (pollution, durabilité, etc.) et d’une logique binaire qui limite habituellement le débat (coûts pour la collectivité VS économies d’énergie), cette étude prospective met l’accent sur les bénéfices moins “évidents” d’un réseau de transport urbain - données économiques et cartographies à l’appui. Un plaidoyer de qualité, contribuant à la remise en cause de modèles réticulaires trop bien ancrés dans l’inconscient de la planification urbaine.

(Source : theatlanticcities.com)


Everyday words such as “avenue,” “boulevard,” “park,” as well as less commonly used words and terms such as “sustainability,” “carbon-neutral,” or “Bilbao Effect” are used with a great variety of meanings, causing confusion among citizens, city officials, and other decision-makers when trying to design viable neighborhoods, towns, and cities.

Pourquoi en parler ? On ne le dira jamais assez, la qualité de la concertation urbaine passe d’abord et avant tout par le partage d’un vocabulaire commun entre le public, les techniciens de la ville et les nombreux acteurs privés impliqués. Vocabulaire commun qui fait malheureusement cruellement défaut aujourd’hui…
Via humanscalecities

Everyday words such as “avenue,” “boulevard,” “park,” as well as less commonly used words and terms such as “sustainability,” “carbon-neutral,” or “Bilbao Effect” are used with a great variety of meanings, causing confusion among citizens, city officials, and other decision-makers when trying to design viable neighborhoods, towns, and cities.

Pourquoi en parler ? On ne le dira jamais assez, la qualité de la concertation urbaine passe d’abord et avant tout par le partage d’un vocabulaire commun entre le public, les techniciens de la ville et les nombreux acteurs privés impliqués. Vocabulaire commun qui fait malheureusement cruellement défaut aujourd’hui…

Via humanscalecities

(Source : architecturelab.net)

"Bruxelles-les-bains ?" : cinéma en plein air installé au pied de la Porte de Hal à Bruxelles. Photo par P.G., septembre 2011.
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La redynamisation de certains espaces tient finalement à peu de choses : quelques chaises, un écran improvisé, une caravane transformée en bar (hors-cadre) 
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Pourquoi en parler ? On peut y voir un signe avant-coureur de gentrification, en particulier lorsque l’on apprend qu’il s’agit d’une initiative du café hipster situé juste en face (le Potemkine, qui alimente la caravane en électricité et fruits frais). A travers le globe, de tels réappropriations des espaces publics sont souvent (mais pas toujours) corollaires à l’installation de classes créatives dans un quartier populaire (ici les marges du quartier Saint-Gilles, déjà en phase de gentrification).

"Bruxelles-les-bains ?" : cinéma en plein air installé au pied de la Porte de Hal à Bruxelles. Photo par P.G., septembre 2011.

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La redynamisation de certains espaces tient finalement à peu de choses : quelques chaises, un écran improvisé, une caravane transformée en bar (hors-cadre) 

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Pourquoi en parler ? On peut y voir un signe avant-coureur de gentrification, en particulier lorsque l’on apprend qu’il s’agit d’une initiative du café hipster situé juste en face (le Potemkine, qui alimente la caravane en électricité et fruits frais). A travers le globe, de tels réappropriations des espaces publics sont souvent (mais pas toujours) corollaires à l’installation de classes créatives dans un quartier populaire (ici les marges du quartier Saint-Gilles, déjà en phase de gentrification).

Urban bicyclists have an image problem. They’ve become stereotyped as pretentious, aloof jackasses, and a lot of this has to do with the changes taking place in cities right now. […]

The rise in bicycling compelled cities to make themselves more friendly to bicyclists, and the friendlier they became, the more people starting riding. But as miles of bike lanes were striped and bike-share systems were installed, some of those cities’ residents started to criticize what they saw as major changes being made for a few new arrivals. “It got associated with young people and newcomers, and so people see cycling as something that’s accompanied by gentrification,” says Ben Fried, editor in chief of the online magazine Streetsblog. […]

I think this is the true power of bicycle infrastructure: It’s an implicit message that bikes are real transportation, and an advertisement for biking that runs right through the city in bright green paint. Cyclists need to consider themselves part of this ad, too, and we don’t always do a good job of it. We demand bike lanes in gentrifying neighborhoods, but don’t seem to care if they ever reach the slums. Inconsiderate riding is overhyped by the press, but it also really happens more often than we’d like to admit. And there are smug cyclists who think they know what’s best for others — I know because I’ve been one of them. If we want to improve the image of urban bicyclists, we need to start with ourselves. If we’re successful, the concept of the elitist bicyclist will one day seem as silly as, well, driving in Manhattan.

Source : Salon - Are urban bicyclists just elite snobs?

Pourquoi en parler ? Une excellente démonstration des tensions qui existent autour de la “livable city” (la ville vivable), loin de faire l’unanimité chez les habitants - malgré d’évidentes vertus. 

Autour de l’essor du vélo se catalysent toutes les tensions qui régissent les villes contemporaines : comment concilier les désirs de chacun dans la fabrication de l’espace public ? comment apaiser les conflits liés au complexe partage de la voirie ? Surtout, comment accompagner la conduite du changement durable sans tomber dans une posture de “donneur de leçons” forcément préjudiciable ?

Il est par ailleurs intéressant de noter que les cyclistes américains sont nécessairement associés aux dynamiques de gentrification (c’est aussi valable dans les mentalités françaises où vélo = bobo), accentuant de fait les réticences à ces changements, qui seraient autrement plus facilement acceptés. Il semble aujourd’hui essentiel de démarquer le vélo de cette étiquette qui lui colle à la peau. Autrement dit, de dresser le portrait de la cycliste-ménagère-de-moins-de-50-ans. Un chantier de taille.

(Source : salon.com)

Urban bricolage

Bel inventaire de petits “bricolages urbains” glanés ça et là. Tumblr tenu par Emile Hooge (@ehooge), consultant en prospective urbaine. 

Pourquoi en parler ? Un superbe témoignage de la créativité dont font preuve les citadins quand il s’agit de se réapproprier leur espace quotidien, et une excellente source d’inspiration pour renouveler la fabrique “professionnelle” des urbanités.

il y a 2 ans -
“Guerre de rue dans l’art de rue" : oeuvre de street-art "vandalisée" dans le 19e arrondissement de Paris (Canal de l’Ourq). Photo par P.G., octobre 2011.

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On suspecte, derrière ce vandalisme puéril, un cri de révolte d’un jeune graffeur local contre la gentrification de ce quartier, dont témoignerait la sophistication de cette création. 
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Pourquoi en parler ? L’oeuvre de street-art a-t-elle été prise à partie pour sa supposée origine gentrifiée ? Si c’est le cas, elle révèle à merveille la manière dont se clivent les populations populations plus ou moins bourgeoises et éduquées, autour des traces que chacune imprime dans l’espace collectif… Et tant pis si ce n’est pas le cas, ce vandalisme témoigne de la manière dont l’espace urbain s’approprie et se reconquiert à même les murs.

Guerre de rue dans l’art de rue" : oeuvre de street-art "vandalisée" dans le 19e arrondissement de Paris (Canal de l’Ourq). Photo par P.G., octobre 2011.

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On suspecte, derrière ce vandalisme puéril, un cri de révolte d’un jeune graffeur local contre la gentrification de ce quartier, dont témoignerait la sophistication de cette création. 

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Pourquoi en parler ? L’oeuvre de street-art a-t-elle été prise à partie pour sa supposée origine gentrifiée ? Si c’est le cas, elle révèle à merveille la manière dont se clivent les populations populations plus ou moins bourgeoises et éduquées, autour des traces que chacune imprime dans l’espace collectif… Et tant pis si ce n’est pas le cas, ce vandalisme témoigne de la manière dont l’espace urbain s’approprie et se reconquiert à même les murs.

How to make it in America, S02E04. La série comble son manque d’intérêt narratif par une retranscription très codée de “l’esprit New Yorkais”. Ici, dans une scène d’extérieur plutôt banale, les deux héros discutent sur Houston street et passent devant la pizzeria Arturo’s, véritable institution connue de tous les amoureux de la ville.
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Le choix du lieu n’est pas anodin : Ben et Cam auraient pu se ballader n’importe où sur Houston st., mais c’est à cet endroit que l’esprit de la ville est tangible. Arturo’s cristallise en un point l’identité de New York, dans toute sa complexité.
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Pourquoi en parler ? La série joue en permanence avec cette immanence des points “phares” de la ville, rappelant que la construction d’une identité urbaine passe d’abord et avant tout par la multiplication plus ou moins subtile de ces références, et surtout par leur reconnaissance globalisée, fût-elle fantasmée. L’enseigne d’Arturo’s s’intègre ainsi dans un grammaire ostentatoire de la ville que récupère très largement la pop-culture audiovisuelle.

How to make it in America, S02E04. La série comble son manque d’intérêt narratif par une retranscription très codée de “l’esprit New Yorkais”. Ici, dans une scène d’extérieur plutôt banale, les deux héros discutent sur Houston street et passent devant la pizzeria Arturo’s, véritable institution connue de tous les amoureux de la ville.

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Le choix du lieu n’est pas anodin : Ben et Cam auraient pu se ballader n’importe où sur Houston st., mais c’est à cet endroit que l’esprit de la ville est tangible. Arturo’s cristallise en un point l’identité de New York, dans toute sa complexité.

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Pourquoi en parler ? La série joue en permanence avec cette immanence des points “phares” de la ville, rappelant que la construction d’une identité urbaine passe d’abord et avant tout par la multiplication plus ou moins subtile de ces références, et surtout par leur reconnaissance globalisée, fût-elle fantasmée. L’enseigne d’Arturo’s s’intègre ainsi dans un grammaire ostentatoire de la ville que récupère très largement la pop-culture audiovisuelle.